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Telle la proue d’un grand navire au confluent de la Durance, du Guil et du Chagne, le plateau rocheux de Mont Dauphin se dégage de la plaine glaciaire de la haute Durance, sur un arrière plan de crêtes dentelées.
Dans ce décor de western et venant du col de Vars qui tenait lieu de frontière, surgirent 40 000 hommes, en juillet 1692, menés par Victor-Amédée II Duc de Savoie.
La majesté des cimes n’entama pas la détermination des envahisseurs.
Le pays subit pillages vols et incendies de Guillestre à Veynes pendant les mois de juillet et d’août 1692, simple routine pour une armée d’occupation vivant chez l’habitant.
L’armée du savoyard reflua enfin chez elle au début du mois de septembre. Outre une épidémie affectant un grand nombre de soldats parmi lesquels le Duc lui-même, La neige tombait déjà sur les cols frontaliers.
Louis XIV prit acte de la vulnérabilité de la frontière alpine. L’homme devait donc parachever l’œuvre de Dame Nature qui ne suffisait pas à protéger le royaume.
A 59 ans, le commissaire des forteresses du Roi, Monsieur de Vauban, entreprit de fortifier le royaume de Grenoble jusqu’à la mer méditerranée.
Le plateau rocheux des « milaures » ou « mille vents » allait alors devenir un des maillons majeurs de cette « ligne Maginot » du XVII° siècle.
Non seulement Vauban conçut le plan du système défensif qui couronne toujours ce plateau rocheux, mais il souhaita la présence de civils au beau milieu des militaires, l’inscription d’une citée circonscrite de casernes. Au total, 4000 personnes devaient vivre sur ce rocher.
Seules sept autres villes neuves serties de leurs enceintes surgirent ex nihilo grâce au génie de Vauban sur le pourtour du royaume.
Vauban meurt en 1707.
En 1713, soient 20 ans après le début de sa construction, la place forte de Mont Dauphin constituait un véritable joyau militaire, verrou frontalier stratégique. Pourtant, suite au traité d’Utrecht, l’acquisition par la France de la vallée de l’Ubaye située derrière le col de Vars relègue ce pôle stratégique prometteur au rang de base militaire arrière.
L’armée y est bien restée jusqu’en 1959, toutefois le village ne deviendra jamais la ville royale riche et prospère dont avait rêvé Vauban.
La raison invoquée par Vauban pour justifier la présence de civils entourés de casernes sur le plateau des « mille vents » est la « fixation du soldat ». Une population d’artisans, de commerçants, l’accueil de marchés et de foires procuraient aux soldats une vie sociale supposée compenser l’assignation à résidence accompagnée d’une maigre solde sur ce plateau naturel austère au climat montagnard rigoureux. En l’honneur du fils aîné du Roi et parce que nous sommes en Dauphiné, Vauban baptisa son œuvre Mont Dauphin.
Au début du XVIII° siècle, Mont dauphin compte vingt à vingt-cinq maisons d’habitation ainsi que des commerces et des ateliers d’artisans, quatre cabarets, une boulangerie, sept auberges, un service de poste, une boucherie, une cordonneries, dix marchands négociants (vin, céréales, bois, habits). Les habitants élèvent aussi quelques moutons et possèdent des terres agricoles sur le territoire d’Eygliers.
A la fin du XVIII° siècle, 300 habitants vivent dans la place. Malgré les avantages matériels offerts par la commune, Mont Dauphin ne suscite que peu d’intérêt. Afin d’attirer de nouveaux habitants, l’administration décide de créer un marché hebdomadaire. En 1765, Louis XV accorde des lettres patentes pour l’organisation de foires franches. L’accès à Mont Dauphin sera facilité par l’ouverture de la porte d’Embrun dans l’enceinte méridionale.
Le plan de la future cité est élaboré par Vauban selon le modèle des colonies gréco-romaines.
Il y rajoute les remèdes aux dangers militaires de son époque par des murs épais, des pièces voûtées, des toitures d’ardoise, tout en imprimant une unité stylistique représentative du classicisme par l’alignement des maisons, les façades appareillées, ordonnancées et symétriques.
Le village est situé au centre de la place, protégé par les escarpements naturels, les remparts et les bâtiments militaires périphériques. Il comprend deux rues parallèles et une perpendiculaire, pavées ou en terre battue. Larges et droites, elles forment des lignes coupe-feu, permettent une surveillance et des mouvements de troupes aisés.
La trame orthogonale divise l’habitat en quatre ilots rectangulaires et fermés. Seuls quelques passages cochers permettent l’accès aux jardins. La rue principale prolonge la porte de Briançon vers le Sud, dégageant une perspective axiale par delà la plantation jusqu’à l’enceinte méridionale.
Deux sources captées extra-muros vers Eygliers alimentent fontaines, lavoirs et deux citernes constituant des réserves d’eau en cas de siège.
Autour de Mont Dauphin, les glaciers vont modeler un paysage caractéristique de vallées, verrous et lacs. L’érosion va se traduire par un creusement plus accentué dans la grande vallée de la Durance, que dans les vallées suspendues plus étroites de ses affluents le Guil et le Chagne moins puissants. Lors des phases de réchauffement, le recul des glaciers sur les massifs les plus élevés laissera le champ libre à l’érosion torrentielle qui enrobera les dépôts glaciaires dans un béton naturel, le poudingue. Les plateaux du Guil et de la Durance ne formaient à l’origine qu’une seule terrasse alluviale, venant mourir sur les flancs calcaires des massifs montagneux. Le travail des eaux finira par ronger cette terrasse et constituer les gorges qui circonscrivent aujourd’hui les plateaux de Guillestre et de Mont Dauphin.
Ont participé au commentaire :
-Monsieur de Vauban (commissaire des fortifications du Roi Louis XIV)
-Corine Peyron chargée d’affaire éducative (CMN)
-Eloïse Belliard responsable boutique (CMN)